Multinationales et corruption à l’étranger, des méthodes mafieuses

Exemple de bannière pour articles
par Léopold Nséké,
Pour opérer, les corrupteurs identifient des intermédiaires au sein du circuit administratif et au niveau des élus. Chacun étant choisi en fonction de l’importance qu’il a dans la hiérarchie et de son influence au niveau du processus de décision.

Dans la nébuleuse de l’affairisme international, les multinationales opèrent comme dans bon nombre de secteurs. Pour décrocher de juteux contrats ou prendre racine dans un marché hautement concurrentiel, il faut manœuvrer de la meilleure des façons.

Certains se font prendre, d’autres pas. Explications. On sait qu’il n’est pas facile de résister à ce que des spécialistes ont appelé des « sollicitations indues ». Voilà pourquoi chaque fois que des mécanismes de prévention ou de coercition sont engagés, les corrupteurs et certains de leurs « commettants » trouvent le moyen de s’en détourner en visant toujours plus haut dans l’échelle décisionnelle des États.

Généralement, les multinationales prêtes à corrompre ciblent les pays dont les mœurs en affaires sont légères, législation sévère ou pas. Seulement, on ne corrompt pas seulement «parce que c’est la coutume». Ce phénomène est à l’image d’un contexte plus large qui comprend des paramètres historiques, économiques et sociaux de l’État ou la zone de référence.

Pour opérer, les corrupteurs identifient des intermédiaires au sein du circuit administratif et au niveau des élus. Chacun étant choisi en fonction de l’importance qu’il a dans la hiérarchie et de son influence au niveau du processus de décision. Voilà pourquoi dans les services publics, les directeurs administratifs et financiers sont visés et chez les élus, un certain nombre de conseillers dans les collectivités. Enfin, dans les hautes sphères des États, il est courant de voir jusqu’à des ministres proprement « retournés » pour accorder leurs faveurs à un dossier.

Les agents de ces missions à haut risque sont généralement nichés dans de grands cabinets. On dit alors que les multinationales externalisent ce « travail sale ». Roger Lenglet, journaliste d’investigation français, explique : « Il y a l’exemple des grandes entreprises dans les secteurs les plus touchés par la corruption que sont la grande distribution, l’énergie ou le BTP. Ces entreprises disposent en interne d’un service de lobbying, lequel ne dépassera pas ou quasiment pas la ligne jaune de la légalité et va se concentrer sur des opérations de communication. Mais les entreprises vont aussi travailler avec des lobbyistes privés, aux niveaux local, national, régional et mondial. Là, l’entreprise externalise les risques : elle ne regarde plus les moyens utilisés par ses «prestataires». Et les lobbyistes qui interviennent auprès des agents publics ou des commissaires des commissions inter-états utilisent généralement des arguments plus distingués que pour un petit maire, ou un concurrent industriel. Là, les corrupteurs peuvent aussi corrompre en versant des dessous-de-table, mais ils sont tout à fait capables d’envoyer des individus mettre un flingue sur la tempe de quelqu’un ou de le faire chanter. En général, on est peu préparé à ce genre de situation, et c’est donc assez efficace ».

Interrogé sur une enquête à propos de la corruption des grandes entreprises en France, M. Lenglet décrivait un modus operandi quasiment identique à ce qui se fait ailleurs dans le monde. Cette recherche décrit les corrupteurs comme des personnes discrètes, désireuses de rester dans l’ombre. Elle les dépeint aussi comme des bons vivants, sympathiques et rassurants, souvent dotés d’un grand sens de l’humour. De quoi séduire leurs victimes et occulter le véritable sens de ce que l’on croit être du lobbying.

« Un des corrupteurs indique que son job commence toujours par une ‘’étude d’environnement’’ qui consiste à s’informer sur les failles du corrompu potentiel, à faire des filatures ou des écoutes téléphoniques, à utiliser tout un réseau d’informateurs refilant des tuyaux (policiers, agents de banque, services secrets etc. Il élabore ensuite une stratégie pour manipuler la victime et rendre efficace la corruption. »

Sur le plan pratique, graisser la patte continue de s’effectuer à travers le dépôt de commissions occultes dans des paradis fiscaux ou dans des comptes privés dans des établissements financiers à l’abri de tout soupçon. Les pots-de-vin s’inscrivent également dans les surplus de facturation des marchés. Aux responsables, généralement des agents publics, de déduire directement ces sommes et d’en disposer.

Ainsi, il se cache derrière les centaines de marchés publics à travers le monde, une surfacturation représentant des milliards de dollars que se partagent les « décideurs ». Tout cela aux dépens des contribuables qui, au lieu de bénéficier substantiellement des investissements prévus, voient une grande partie des impôts et autres taxes servir à d’autres fins.

Léopold Nséké, Afrique Expansion Magazine