Cameroun : Corruption, un homme s'immole pour dénoncer la police

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par DAVID WENAI
Un policier lui réclamait un bakchich de 200.000 FCFA pour la libération de sa fille ǀ © Crédit photo lebleparle.com

Un policier lui réclamait un bakchich de 200.000 FCFA pour la libération de sa fille.

Alhadji Hamadou Saidou a rendu l’âme dans la nuit du 7 au 8 novembre 2015 au Centre Médical de l’Afrique de l’Ouest de Meskine, une structure hospitalière. Selon des sources médicales, il est mort des suites de blessures graves causées par sa tentative de s’immoler. Un acte rare dans la partie septentrionale du pays.

Pourquoi est-il arrivé à cette solution extrémiste ? Selon nos informations, tout serait parti d’une bagarre au quartier Doualaré à Maroua, le 25 octobre 2015, entre sa fille Maou-Za et son amie.

 Circonstance aggravante pour Maou-Za, son amie, enceinte de trois mois, est contrainte d’avorter au lendemain de la rixe. Raison pour laquelle le père de la victime, le nommé Bachirou, dépose une plainte à la police judiciaire contre Maou-Za. La mise en cause est interpellée le 02 novembre 2015 et placée en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire à Maroua. Selon des sources internes à la police, l’enquête est confiée à l’officier de police Ngoike Elisé. Bon prince, celui-ci propose aux familles un règlement à l’amiable. L’idée est bien accueillie par les deux parties, heureuses de trouver une solution rapide à ce différend. Sur ces entrefaites, Sadjo, époux de Maou-Za, et son beau-père Alhadji Hamadou Saidou, versent la somme de 500.000 Fcfa au plaignant afin d’obtenir, comme arrêté de commun accord, son désistement.

Alors que la famille s’attend à la libération de Maou-Za, c’est un coup de théâtre : un officier de police leur réclame la rondelette somme de 200.000 Fcfa, représentant dit-il, la «kola» du commissaire principal Moapeum Anselme, patron local de la police judiciaire, et le bakchich du procureur de la République. Et ce, pour que «l’affaire s’éteigne définitivement». A bout de souffle financièrement, le père de Maou-Za ne peut répondre à la demande de l’officier. Il ne possède plus un seul centime pour faire le «dernier effort» et sortir sa fille des geôles de la police. Humilié, plongé dans un profond remord du fait de son incapacité à sauver son rejeton, il va se donner la mort. Non sans accomplir un geste qui fera date. «Nous pensons qu’il voulait marquer les esprits. Il en avait après la police, après ces rackets incessants. Il disait avoir fourni des efforts avec son beau-fils pour mobiliser 500.000 Fcfa et voilà que les policiers en redemandaient encore 200.

Avant sa mort, il n’avait de cesse de tempêter. Il n’avait pas d’autres problèmes que celui de son honneur», explique un membre de la famille. Pour l’heure, une enquête a été ouverte pour faire la lumière sur la tragique disparition de ce père de famille qui laisse une veuve et plusieurs enfants. Après sa mort, sa fille Moua-Za a été libérée. Trop tard pour le vieil homme qui a préféré la mort à la corruption.

©  DAVID WENAI, L’Oeil du Sahel (Cameroun)