Douala dans les ténèbres, ENEO Cameroun reste muet, les autorités aussi

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ENEO Cameroun
Quand les coupures d'energie electrique font rage à Douala au Cameroun

ENEO, les nombreux changements et les multiples mutations des sociétés d’électricité au Cameroun ne semblent pas constituer la panacée recherchée pour une consommation optimale de ce bien dans le pays.

Depuis le 15 décembre 2014, tous les habitants de la ville de Douala vivent un rationnement de l’électricité qui n’a plus de nom. Du temps de la défunte AES-Sonel, toute la population reprenait en chœur le terme « délestage », instauré par ladite société, pour signifier que certains quartiers de la ville devaient vivre dans le noir pendant une période donnée, afin que d’autres parties de la même ville puissent être éclairées et bénéficier de l’électricité. Les Camerounais, qui ne manquent pas d’humour, avaient fini par se faire à cette gestion moyenâgeuse de l’électricité et l’appelaient « détestage », tant les périodes de jeûne électrique forcé variaient en fonction de la nature des quartiers. Évidemment, les quartiers défavorisés, les bas-fonds, pouvaient passer une semaine sans électricité ; cela ne gênait personne puisque les sans-voix qui constituent leurs populations ne savent que se taire ! Détestés de la société, ces laissés-pour-compte, comprenaient bien qu’il ne s’agissait pas, dans leur cas de délestage, mais du fait que la société les détestait ! D’ailleurs, on a vu un président d’un pays exemplaire désigner cette catégorie de citoyens comme « les sans dents ».

Aujourd’hui, avec un nouvel opérateur, vanté comme détenteur du sésame qui devait ramener la lumière dans tout le Cameroun, les choses semblent tomber de charybde en scylla. En effet, ENEO semble plutôt dire : « Que les ténèbres soient », et l’obscurité s’étend sur le peuple ! Chaque jour depuis le 15 décembre 2014, à aujourd’hui, à Douala, les quartiers difficiles constituant la zone dite « Nylon Village», vivent sans électricité, de jour comme de nuit. La grande ironie c’est que le jour, certaines parties de cette zone peuvent bénéficier alternativement du courant électrique pendant 15 ou 20 minutes, pas plus ; et le soir, dès 19 heures, le courant est chaque jour systématiquement coupé, pour n’être rétabli qu’aux environs de 2heures du matin, et le cycle des coupures reprend dès 8heures du matin. Tout cela sans aucune explication de la part de la société responsable de la production et de la distribution de l’électricité. A croire qu’il n’existe aucun contrat entre elle et ses clients. Imperturbables, les Camerounais ironisent encore : « du temps de AES-Sonel, l’on nous disait que les détestages étaient dus à la pénurie de l’eau dans le barrage de la Sanaga à Édéa ; aujourd’hui, avec tous les barrages en cours de construction et tous ces barrages d’appoint, tant à Songloulou qu’à Bamedjin et à Batsenga, peut-être y a-t-il trop d’eau maintenant ».

Mais a toujours rigolé comme cela avant que le ciel leur tombe sur la tête, les Camerounais ne perdent pas pour autant de vue tous les dangers qu’implique cette gestion calamiteuse de l’électricité domestique et de l’éclairage public. Dans les quartiers fondamentalement peu sûrs déjà, la recrudescence des agressions nocturnes, des vols à main armée et des brigandages de toutes sortes égrènent déjà son long et lugubre chapelet de forfaits. Les forces de l’ordre aux effectifs insuffisants sont toujours dépassées comme de coutume, les comités de vigilance des quartiers dits d’auto-défense, restent sujets à caution quant à leur efficacité et à leur fiabilité. Hormis ce volet sécurité, les parents se demandent comment leurs enfants peuvent prétendre à un bon travail scolaire, sans électricité pour étudier le soir et faire leurs devoirs. Les élèves et étudiants consciencieux enragent de ne pouvoir travailler décemment au cours de ce deuxième trimestre ou premier semestre décisif. Les tire-au-flanc ont trouvé l’excuse idéale pour leur échec programmé. Et ENEO reste muet ! Les autorités de la Ville aussi !

Dieudonné Bessalla, Ai Douala