Canada : Un vote clair pour le changement

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par L'actualité
Le nouveau premier ministre Justin Trudeau (images) , majoritaire avec une récolte de 185 sièges, doit sa victoire à la volonté ferme des Canadiens de passer à autre chose, après neuf ans de règne conservateur ǀ © cbc.ca

L’élection fédérale 2015 portait sur le changement. Et personne n’a réussi à incarner le changement d’une manière aussi frappante et singulière que le chef libéral Justin Trudeau.

Le nouveau premier ministre, majoritaire avec une récolte de 185 sièges, doit sa victoire à la volonté ferme des Canadiens de passer à autre chose, après neuf ans de règne conservateur.

Les conservateurs, bons deuxièmes, formeront l’Opposition officielle, avec une centaine de sièges, suivis du NPD (39 sièges), du Bloc québécois (10 sièges) et du Parti vert (1 siège), selon les données disponibles à minuit.

Le PLC doit sa victoire à un déclin marqué du NPD au Québec et en Ontario et à une érosion du vote conservateur en Ontario. La vague orange de 2011 a cédé le pas au ressac orange. Thomas Mulcair est passé du statut de chef de l’Opposition officielle à celui de chef d’une formation régionaliste.

Encore une fois, les électeurs québécois ont causé la surprise. La carte de Montréal et ses banlieues est presque aussi rouge que celle de Toronto. Le Parti libéral tire profit du recul marqué du NPD dans la province. Le caucus libéral québécois passera de 7 élus en 2011 à environ 42 cette année. À l’inverse, le Bloc passera de quatre à 10 députés. Le NDP chutera de 59 à 14 députés.

En Ontario, les libéraux passeront probablement de 11 à 79 députés. Des gains réalisés au détriment du NPD (de 59 à 9 députés) et des conservateurs (de 73 à 33 députés). Les conservateurs sauvent les meubles dans la région de Québec, et dans les provinces de l’ouest.

Le changement

Justin Trudeau est loin d’avoir mené une campagne parfaite, mais il a mené la moins imparfaite de toutes les campagnes. Il a su éviter les gaffes, les propos irréfléchis et immatures qui avaient semé un doute dans l’esprit des électeurs lors de ses premiers pas en politique.

Les conservateurs ont misé à fond sur son inexpérience dans leurs publicités électorales. Pour leur plus grand malheur, un Justin Trudeau «sans les gaffes» s’est transformé durant cette longue campagne en un politicien rafraichissant. Les inquiétudes sur son leadership et sa maturité se dissipaient au fur et à mesure que la campagne s’éternisait.

Les doutes sur son jugement et son inexpérience ne disparaîtront pas par enchantement, mais il sera en mesure de transposer en gestes politiques le désir de changement des Canadiens.

Stephen Harper proposait finalement «more of the same», ou encore l’équivalent politique d’un vieux café filtre réchauffé. Le premier ministre déchu n’a jamais paru aussi fatigué et ringard que lorsqu’il s’amusait à faire sonner une caisse enregistreuse, entouré de partisans serviles, pour sonner l’alarme sur le risque que ferait peser l’élection de Justin Trudeau sur les finances publiques et l’économie du pays.

Il a eu le culot de se présenter en protecteur de l’économie, alors que le Canada a fait du surplace dans son dernier mandat, de même qu’une courte récession qu’il a voulu passer sous silence. C’est la marque de commerce de M. Harper. Il est capable de transformer la guerre en paix, les déficits en surplus, et l’ex-maire de Toronto, Rob Ford, en personnage fréquentable. J’ai compris que l’homme de la loi et l’ordre était dans les câbles lorsqu’il a rendu visite au «crackhead» de Toronto, le week-end dernier, pour consolider ses appuis dans la «Ford Nation» (la banlieue conservatrice de Toronto).

Vrai, Justin Trudeau a promis de faire des déficits pour investir dans les infrastructures et relancer l’économie. M. Harper n’avait pas tout à fait tort d’attiser les craintes du contribuable qui ne pense pas plus loin que le fond de son portefeuille. Les électeurs ont voté en toute connaissance de cause.

Le NPD dépassé par la gauche

La promesse inattendue a permis au PLC de dépasser le NPD par la gauche. À bien des égards, Thomas Mulcair a mené une campagne semblable à celle du premier ministre sortant. Bon premier dans les intentions de vote au début de la campagne, il a joué de prudence en s’imaginant sans doute, comme les stratèges conservateurs, que le jeune-chef-libéral-immature-et-irréfléchi allait se planter. Mauvaise stratégie.

Il était plutôt savoureux d’entendre Yvon Godin, député sortant du NPD battu dans Acadie-Bathurst, blâmer les électeurs pour avoir ramené au pouvoir «un vieux parti». Lors de cette campagne, le NDP s’est comporté exactement comme un vieux parti. En se repositionnant au centre, le NPD a perdu ses repères et ses valeurs de gauche: compassion, respect des travailleurs, parti-pris pour la classe moyenne. Des valeurs incarnées avec passion par feu Jack Layton lors de la campagne de 2011.

La déconfiture du NPD tient en bonne partie au fait que la barbe de Tom ne sera jamais aussi envoutante que le sourire de Jack. Le NPD est le Sisyphe des partis politiques. Il devra refaire son examen de conscience, se repositionner, et renouer avec ses racines de gauche. Si la formation n’arrive pas à se démarquer plus clairement des libéraux, elle connaîtra encore d’amères déceptions.

Le NPD ne détient même plus la «balance du pouvoir» que convoitait le Bloc québécois au Québec. Contre toute attente, les libéraux ont retrouvé la faveur des électeurs québécois.

Durant la campagne, le chef bloquiste Gilles Duceppe, a propagé le mythe que la relance de l’option souverainiste passait par une forte délégation de députés bloquistes aux Communes. Gilles Duceppe a assuré la résurrection du Bloc grâce à sa performance remarquable lors des débats des chefs. Même s’il perd dans Laurier-Sainte-Marie, il pourra se consoler d’avoir retardé d’un cycle électoral la mort du parti.

Privé d’une reconnaissance officielle aux Communes, le Bloc aura de la difficulté à faire valoir ses idées, ce qui aura pour effet de ramener le débat sur la souveraineté dans l’enceinte où il doit se tenir: à l’Assemblée nationale. L’expérience bloquiste nous a appris une chose: il n’y a pas de lien de causalité entre la présence de députés souverainistes à Ottawa et la résurgence de l’option souverainiste. Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, est animé d’une fiévreuse volonté de faire l’indépendance. C’est maintenant sur ses épaules que repose le projet souverainiste.

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