Londres : drôle d’endroit pour un sommet anticorruption

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par challenges.fr
ONG et activistes soulignent que le choix de la capitale britannique par David Cameron pour une telle rencontre est particulièrement ironique.⎥© Photo Dan Kitwood/POOL/AFP

David Cameron a organisé, ce jeudi 12 mai, un sommet anti-corruption à Londres. Une initiative raillée  par les ONG qui dénoncent l’implication de la capitale britannique dans différentes affaires douteuses d’optimisation fiscale.

Ce jeudi 12 mai le Premier ministre britannique David Cameron a convoqué un sommet anti-corruption à Londres. Son but: lutter contre l’afflux d’argent sale. Notamment dans son pays, via le marché immobilier. De nombreux chefs d’Etat et de gouvernement, dont ceux d’Afghanistan, de Colombie, du Nigeria et de Norvège, y ont participé, ainsi que le secrétaire d'État américain John Kerry, la patronne du FMI, Christine Lagarde, et le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim. La France était représentée par le ministre des finances Michel Sapin. Étaient également présents des représentants d’ONG, de la société civile et du business. Les politiques devaient signer une déclaration finale volontariste lançant des mesures d’une nouvelle ampleur. 

David  Cameron s’est d’ailleurs fendu d’une vibrante déclaration sur "la corruption, un mal qui frappe dans le monde entier. Qui détruit des emplois et freine la croissance, privant l'économie mondiale de milliards de livres chaque année". C’est en juillet dernier, à Singapour, que le Premier ministre avait annoncé la tenue de ce sommet. Bien avant donc, la parution des Panama Papers, ces sulfureux dossiers mentionnant, entre autres bénéficiaires de comptes offshores, le défunt père du chef du gouvernement conservateur…

« Kleptocracy tour »

ONG et activistes soulignent que le choix de la capitale britannique pour une telle rencontre est particulièrement ironique. "Londres est la plus grosse lessiveuse au monde! On y compte plus de 36.000 propriétés détenues par des sociétés offshore, basées pour la plupart dans les Iles Vierges, Jersey ou Panama. Et dans le quartier de Westminster, le phénomène touche une propriété sur 10!", s’exclame Roman Borisovich, un Russe naturalisé britannique qui fut trader à New York et à la City, puis numéro deux du plus gros assureur russe, avant de se repentir et de devenir conseiller de l’opposant Alexeï Navalny. Obligé de fuir Moscou en 2012, il est aujourd’hui londonien et pourfendeur des abus des oligarques.

Depuis février, il finance et organise avec 17 ONG, dont Transparency international et Oxfam, un "Kleptocracy  tour". Trois heures en bus, où journalistes du monde entier –ils sont une centaine à ce jour- et politiques sont invités à voir les propriétés somptueuses achetées en toute légalité avec de l’argent sale. Ont notamment pignon sur rue: Leonid Fedun, vice-président du géant pétrolier LuKoil, qui s’est offert un duplex sur Hyde Park pour 23 millions de livres; Alexander Babakov –qui se présente comme un des députés les plus pauvres de Moscou- mais dont la fille Olga -21 ans et étudiante!- a acheté un grand appartement dans la très chic Sloane Street via une société basée aux îles Vierges; ou encore Oleg Deripaska, proche de Poutine et numéro 2 du géant de l’aluminium Rusal. Lui s’est installé sur l’ultra chic Belgrave Square, dans une maison de 11 chambres, d’une valeur de 17 millions de livres.

« Au cours des  15 dernières années, Poutine a créé une véritable kleptocracie dont les membres placent volontiers leur argent, via des sociétés écran, à Londres, où jusqu’à présent ils n’avaient pas de comptes à rendre", pointe Andrew Foxall, directeur du Centre Russia Studies au think tank Henry Jackson Society. Le "Kleptocracy tour" longe également le palace de deux ministres du Nigeria et une propriété du fils d’Hosni Moubarak. "Il pourrait aussi passer devant d’autres propriétés de célébrités…, observe Juliette Garside, investigatrice au quotidienGuardian. Les Panama Papers ont révélé par exemple que le réalisateur Stanley Kubrick ou l’acteur Jackie Chan avaient fait appel à des sociétés offshore pour acheter leurs biens".

L’immobilier londonien vicié par l’argent sale

Que peut donner  le sommet à terme? "Des demi-mesures", craint Roman Borisovich. Downing Street demande par exemple la mise en place d’un registre qui répertorie chacune des propriétés de sociétés écran. Ce document serait accessible aux services fiscaux et à la police. « Insuffisant!, s’exclame le Russe, il faut l’ouvrir aux représentants de la société civile, au grand public." Lord travailliste,                                                                           LIRE LA  SUITE